Cluny – 30 Juillet 2004 – Il est près de 19 h, Charles, 24 ans, hospitalisé volontaire au C. H. du Vinatier à Bron, en permission ce jour-là chez sa mère, grimpe 4 à 4 les escaliers de la Tour des Fromages, si bruyamment qu’il inquiète l’unique touriste encore présent.
La seconde d’après il se jette dans le vide.
Acte de démence ou ultime contorsion d’autodéfense face à d’oppressantes voix intérieures, crise d’angoisse ou dernier instant de lucidité, refus d’affronter une existence toute d’angoisses et d’hallucinations ou refus de survivre au prix d’une camisole chimique et de la perte de son être, … Nul ne peut apporter la réponse …

Sa famille, elle, croyait en un souffle hors du milieu hospitalier …
Ses amis, lyonnais pour la plupart, artistes pour l’essentiel, connaissaient le mal, les hospitalisations … mais ne le considéraient pas comme différent, moins encore comme malade.
Il était des leurs : artiste de rue, danseur capoeiriste, animateur auprès des jeunes, et auprès d’eux il s’épanouissait… guérissait ?
L’Eglise Notre Dame l’accueillit ce jour-là et ses murs se souviendront longtemps des larmes versées, des souvenirs, des sourires tendres et des rires contenus… Les paroles légères et sincères, la musique qu’il aimait …
L’univers de Charles bouleversait l’assemblée en ce moment rare, tendre et pourtant si violent.
Sur le parvis de l’église, une ronde de capoeira fascinait tous les témoins de cet ultime hommage rendu par ses amis.
Charles devenait alors plus qu’un enfant, plus qu’un ami … Le gamin éperdu de terreur qui avait fait un choix …
Et l’orage qui éclatait sur Cluny au retour du crématorium, ne faisait que souligner la violence sourde de cette journée si lourde en émotions…
Alors, les échassiers dansaient, les cordes de guitare vibraient, dans la lumière créée par les manipulateurs de feu. Une lecture sur le silence de la nuit vint apporter un peu de paix et de sérénité à cette journée d’hommage et de deuil.
De cette soirée naquit l’envie, mieux … la nécessité de se réunir à nouveau autour de la mémoire de Charles, et d’une cause :
tenter de comprendre et soutenir les malades.
Dubois a dit
Chaque jour confrontée à la maladie dans le cadre de mon boulot. Nous appelons cette profession aide médico psychologique, mais quand la maladie est plus forte, plus présente … quand pour certain le désir d’en finir est permanent, quand les tentatives se répètent jusqu’au jour ou l’ultime fin viendra. Quand notre impuissance à donner du plaisir et une vie VRAI nous frustre et que nous faisons des justes simples empreints d’humanisme sans aucunes reconnaissances, aucunes gratitudes. Quand finalement notre souffle devient celui de l’autre et que notre souhait est d’apporter un peu de Bonheur. La folie est au dehors des murs de nos institutions car au dedans y nait l’affection et la joie d’être simple sans être jugé. Au petit fou !
Maloquino - Sylvie Chrétien a dit
Merci pour votre magnifique témoignage et pour la grande humanité qui s’en dégage. Il nous touche énormément. Nous sommes sur la même longueur d’onde ! Nous aimerions poursuivre la communication avec vous : contactez-nous sur le mail ci-dessus.
A bientôt
Sylvie Chrétien